La Convention Internationale des Droits de l'Enfant au service de la conjugaison de l'éducation civique et de la maîtrise du langage et de la langue française

Ce mémoire est au croisement de deux ambitions de l’école et d’une inclinaison pédagogique autour de la construction de savoir :

-          « L’école a pour but de former, grâce à une réflexion sur ses objectifs pédagogiques et à leur renouvellement, les femmes et les hommes de demain, des femmes et des hommes en mesure de conduire leur vie personnelle, civique et professionnelle en pleine responsabilité et capables d’adaptation, de créativité et de solidarité » [1] . 

-          « La maîtrise du langage et de la langue française constitue l’objectif majeur du programme de l’école élémentaire » [2] .

-          « L’un des dangers majeurs des pédagogies de la lecture et de l’écriture de l’école primaire est d’isoler les textes rencontrés (ou produits) du contexte qui est le leur et de conduire les élèves à croire que la lecture ou l’écriture ne sont que des exercices » [3] .

Dans l’école, au regard de ces trois plans, il nous faut conjuguer les impératifs de l’éducation à la citoyenneté et de la construction des savoirs : il est donc essentiel que nous apprenions à mettre en œuvre des démarches et des méthodes qui nous permettent de les articuler de façon cohérente. La transversalité, pointée dans les nouveaux programmes de l’école semble être l’outil levier privilégié pour entreprendre cet ouvrage. Citoyenneté et construction des savoirs doivent s’élaborer d’un même mouvement, sans s’exclure. Je vais tenter, tout au long de mon travail d’articuler ces trois aspects, afin de montrer dans quelle mesure la conjugaison de l’éducation civique et de la maîtrise du langage et de la langue française est facteur d’apprentissages scolaires.

La recherche centrale de mon mémoire s’organisera à partir de l’hypothèse suivante : la relation particulière qu’entretiennent l’éducation civique et la maîtrise du langage et de la langue française nous offre un accès à la transversalité, comme point d’appui pédagogique :

-          parce que la maîtrise du langage et de la langue française est une condition à l’exercice de sa citoyenneté ;

-          parce que l’exercice de la citoyenneté, impliquant des relations interpersonnelles (celles-ci étant essentiellement entreprises par la médiation de la langue et du langage), représente un espace d’exercice langagier dont il convient de mesurer l’efficience pour placer en perspective les apprentissages de l’école.

Pour entreprendre ce travail, j’ai choisi de prendre en charge un groupe d’élèves du cycle trois, à trois titres :

-          pour ce cycle, la maîtrise du langage et de la langue française, positionnée par les nouveaux programmes de l’école « à la base de l’accès à toutes les connaissances, permet d’ouvrir de multiples horizons et assure à l’enfant toute sa place de futur citoyen » [4]  ;

-          au cycle 3, la maîtrise du langage et de la langue française est entendue comme « l’ensemble des capacités qui permettent à un élève de bénéficier pleinement des échanges oraux qui ont lieu dans la classe à propos de tous les aspects du programme, de lire en les comprenant les textes supports de toutes les activités pédagogiques, de se servir de l’écriture pour organiser les connaissances requises à ce niveau, pour les mémoriser et pour manifester par écrit ce qui en a été compris et acquis. Ces capacités ne peuvent se construire à vide. Elles se mettent en place à l’occasion d’expériences intellectuelles et culturelles spécifiques dans l’école, mais aussi à l’extérieur de celle-ci » [5]  ;

-          c’est dans le cadre de ce cycle qu’est inscrit le traitement de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant [6] .

Pour lier l’ensemble des enjeux pointés précédemment, voici le but que j’ai donné à mon projet d’action de stage filé, organisé autour de 9 séances de 45 minutes s’étalant de début décembre 2003 à fin avril 2003 et ayant pour cadre une classe de CM1-CM2 (respectivement 6 et 21 élèves) de la commune de Quiers sur Bezonde :

A partir d’un état des lieux autour de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (découverte du texte ; de ses contenus ; de ses spécificités ; de son organisation ; de ses implications), les élèves auront à prendre en charge la production et l’organisation d’une exposition qui aura vocation à informer les visiteurs (parents, habitants du territoire local, les autres élèves de l’école) de l’existence, des contenus et de l’état de l’application de ce texte.

C’est par ce biais que j’entreprendrai dans un même mouvement, à la fois :

-          la mise en œuvre d’un espace d’exercice de citoyenneté : prise de connaissance d’un texte juridique de portée internationale, ratifié par la France dans le cadre de son appartenance à la communauté internationale (l’Organisation des Nations Unies) ; prise d’information sur le fonctionnement d’un tel texte (spécificité d’une Convention) ; sur l’état de son application aujourd’hui dans le monde ; prise de conscience de la situation des enfants dans différents pays du monde ; mise en perspective des différentes conditions de vie dans différents endroits du monde, relativement à celles qui sont offertes aux enfants de France ; organisation de temps d’échange et de débat dans le cadre du travail autour de ce texte ; prise en charge d’un moment d’information tourné vers des personnes qui ne connaissent pas ou connaissent mal ce texte ; …

-          et la mise en œuvre d’apprentissages autour du domaine « maîtrise du langage et de la langue française : lire et comprendre un texte dont les formulations sont liées à sa spécificité (texte juridique) ; construire un point de vue personnel à partir de sa lecture ; partager, donner à connaître et défendre une position personnelle ; construire une information à destination d’un public particulier (nos parents, nos pairs, …) et autour d’un contexte particulier (une exposition) ; passer d’une idée de message à sa formulation dans des supports variés, dont le schéma d’écriture est spécifique (affiches, poèmes, chansons, …) ; …

Pour présenter ce travail j’organiserai la présentation du présent mémoire en deux parties :

  1. dans un premier temps, je vais tenter d’indiquer les enjeux du traitement de la question des droits de l’enfant et les conceptions qui fondent et serviront de guide à mon action auprès des élèves. J’entends démontrer à quel point ces enjeux et ces conceptions sont intimement liés : les propos portés par les nouveaux programmes de l’école et la Convention prescrivent une place particulière pour les enfants au sein de la communauté humaine et engagent des parti pris philosophiques, anthropologiques et psychologiques qu’il convient de mesurer et clarifier, parce qu’ils engageront la conduite de mon action pédagogique.
  1. dans un second temps, je présenterai l’action entreprise avec les élèves ; j’en présenterai l’organisation de chacun des moments et j’en conduirai l’analyse au regard du questionnement de ce mémoire. J’aurai alors à indiquer dans quelle mesure la conjugaison de l’éducation civique et de la maîtrise du langage et de la langue française est facteur d’apprentissages scolaires.


[1] « 1989, Loi d’orientation sur l’éducation, Rapport annexé : les missions et les objectifs fixés par la nation », dans Cadiou M., Dussau J., Les textes officiels de A à Z : premier degrés, Paris, Armand Colin, 1994, p.19.

[2] Ministère de l’Education nationale, Qu’apprend-on à l’école élémentaire ?, Paris, ed.: C.N.D.P., 2002, p.167.

[3] Ibid, p.166.

[4] Ministère de l’Education nationale, Qu’apprend-on à l’école élémentaire ?, Paris, ed.: C.N.D.P., 2002, p.165.

[5] Ibid., p.165.

[6] Ibid., p.180.